• Vengeance

    Vengeance

    Rumpeltsiltskin in Love

    Ses longs cheveux bruns qui coulaient sur ses épaules comme un cascade, ses yeux qui reflétaient la lumière du jour comme mille miroirs de cristal, la pureté de son âme, son sourire bon et franc, sa voix claire comme le cours d’une rivière, son rire cristallin… Elle n’avait pas peur…

    On aurait dit un ange.

    Tout l’opposait à lui. Noir. Mauvais. Si noir et si mauvais que son âme pourrissait de l’intérieur, rendant son apparence toujours plus repoussante ; son rire n’était que machiavélique, son esprit torturé, et chacun des mots qui sortaient de sa bouche étaient minutieusement calculés et pesés pour toucher en plein cœur la proie qu’il s’était choisie. Elle, scintillait comme de la neige au soleil, captant ses rayons pour les diffuser ensuite en mille éclats argentés. Même lorsqu’elle pleurait, ses larmes semblaient perles de rosée qui glissaient sur ses joues comme sur des pétales de rose. Même lorsqu’elle le défiait, une lueur d’espoir et de rage mêlée crépitait au fond de ses yeux comme un brasier ardent. Même lorsqu’elle s’abandonnait, laissant son âme forte et rayonnante s’abîmer dans les profondeurs de l’oubli, laissant voguer ses rêves vers des envies d’impossible, elle avait l’air d’un ange. Forte, battante comme un torrent en hiver, solide comme une pierre de diamant, mais tout aussi délicate, fragile comme une rose. Il voulait que ce rayonnement dure toujours. Que jamais les pétales de la rose ne se fanent, que le diamant continue à sublimer la lumière du soleil.

    Il se haïssait, pour ce qu’il lui avait fait. Il l’avait rejetée. Alors qu’il l’aimait.

    Elle, et sa lumière insolente. Elle, et sa bonté, son altruisme inhumain. « Vous n’êtes pas le genre d’homme à laisser un enfant orphelin de père ! » « Il y a du bon en vous, j’en suis persuadée ! » « Vous n’êtes pas la personne que je croyait… Et j’en suis heureuse. » Elle avait trouvé du bon en lui, elle lui avait donné envie de revenir à ce qu’il était auparavant. Ce qu’il était auprès de son fils. De sa femme. Il voulait qu’elle reste près de lui pour toujours, petit ange doux et rieur. Les pétales s’étaient pourtant fanés. Ils avaient brûlés de l’intérieur, à cause de lui, mais surtout à cause de lui. Cet enfoiré devant lui, qui pleurnichait comme un caniche. Chaque jour qui passait, chaque lever de soleil, chaque lever de lune, à chaque étoile qui surgissait dans le ciel, à chaque fleur qu’il voyait au sol, tout. Tout lui rappelait cet ange tombé du ciel, cette créature divine qu’il avait arrachée à sa famille, qu’il avait terrifiée chaque jour que faisait le monde, mais dont le rayonnement avait fini par percer sa barrière de glace. Et cet homme, ce caniche qui implorait sa pitié, ligoté devant lui, avait osé lui arracher le seul souvenir qu’il conservait d’elle.

    Un objet. Un petit objet, qui paraissait anodin pour qui ne connaissait pas leur histoire. Parmi toutes les choses qui prenaient la poussière depuis toujours dans sa boutique, parmi les innombrables souvenirs d’un monde oublié, de sentiments égarés, de mémoires effacées, parmi tout cela, ce que cet homme lui avait volé était le seul objet qu’il chérissait vraiment. Un objet que chaque nuit, il caressait longuement du regard, l’âme déchirée dans un cri de souffrance et de culpabilité.

    Une petite tasse blanche, ébréchée sur un côté.

    Il l’avait volé. Et personne ne volait Rumpelstiltskin impunément.

    - C’était pas ma faute…

    Il tiqua. Fureur, terreur et indignation violente se succédaient dans son esprit, provoquant en lui un incontrôlable désir de souffrance. Ses doigts se serrèrent si fort sur sa cane que ses ongles firent saigner ses paumes.

    - Ma faute ? Vous osez dire que ce n’est pas votre faute ?

    « Vous n’êtes pas le genre d’homme à laisser un enfant orphelin de père ! » « Il y a du bon en vous, j’en suis persuadée ! » « Vous n’êtes pas la personne que je croyait… Et j’en suis heureuse. » « Il a été cruel avec elle ! Il l’a enfermée dans une tour, et il a fait venir des prêtres pour purifier son âme à coup de fléaux et de saignées… » La voix de Regina résonnait encore dans son esprit, cognait contre son crâne, faisant palpiter le sang dans ses tempes. Non, ce n’était pas sa faute. C’était la sienne, à lui, l’homme qui le suppliait du regard, qui ne comprenait rien à ce qu’il lui arrivait. Tout était sa faute. L’ange tombé du ciel était tombé plus bas encore, s’était éteint de lui-même, happé par des démons qui la tourmentait de telle manière qu’elle n’avait pas supporté. Tout était sa faute, à cet homme qui ne comprenait rien. Il ne comprenait rien… Non, bien sûr qu’il ne comprenait rien. Il n’avait plus de mémoire. Mais il allait payer. Il allait souffrir, pour ça, et pour tout le reste.

    - Elle vous aimait ! Elle vous aimait, et vous l’avez rejetée !

    Coup. Hurlement. Ivre de rage, il l’avait frappé, cane en main. Le pommeau avait percuté le coin de l’épaule. La souffrance et la fureur se disputaient son cœur, le retournant à chaque seconde à force de voir ce regard suppliant. Cet homme lui donnait la nausée. Violence. Hurlement. Un autre coup parti, incontrôlable. La main tremblait tellement qu’elle avait presque manqué sa cible. Gold s’accrocha à sa cane comme si sa vie en dépendait. La prochaine fois, il ne serait pas aussi étourdi : il viserait les clavicules. Les mâchoires serrées, les yeux aux bords des larmes. « Son père l’a rejetée. Il l’a reniée et il l’a jetée dehors. » Il était incapable de penser, il ne pouvait que ressentir. Toute l’horreur et la peine qui retournait son estomac, qui faisait trembler ses mains dans des soubresauts traumatiques, mêlés aux paroles de Regina qui s’emmêlaient dans sa tête au point de la faire exploser…

    Eclatement.

    Un vaisseau sanguin avait fini par éclater dans son pouce, peut-être même deux, tant il appuyait sa cane contre l’épaule de sa victime ; frénésie et passion. Un rictus fou déforma son visage. Souffrance indescriptible. L’étoile s’était éteinte. Le ciel la pleurait, mais cet homme le premier. Une larme coula sur sa joue, imperceptible mais insupportable, laissant une longue trace de feu qui brûla sa peau.

    Il suffoquait peut-être plus que sa victime. Le tourbillon de sentiments qui menaçaient de lui faire perdre pieds s’étranglait dans sa gorge. La rage et la douleur le faisait hurler à en faire éclater les vitres. Hurlement. Sa cane s’était abattue encore une fois. Les tremblements de sa main s’atténuaient, laissant place à une fermeté bestiale, inhumaine. Sa véritable nature tendait à reprendre le dessus, et il ne faisait rien pour l’arrêter. Tous les démons noirs qui le tourmentaient chaque nuit, toutes les horreurs qu’il avait commises, tout le sang qu’il avait sur les mains, tout ce dont en temps normal à n’avait que faire, tout ça remontait d’un seul coup en lui, tout ça partait dans les coups qui abattait sur l’homme hurlant à ses pieds. Un autre coup, encore et encore. « Arrêtez ! » répétait-il.

    Les traits fous de Gold étaient baignés de la lumière blafarde de la lune. Tous ses sens frémissaient d’un délice mauvais. Il le faisait gémir, gémir de souffrance et d’incompréhension.

    Et il adorait ça.

    « Vous n’êtes qu’un lâche Rumpelstiltskin ! »

    Les coups se stoppèrent net. 

    « Et vous pouvez prendre l’air féroce autant que vous voulez… »

    Le sourire s’évanouit.

    « Ca n’y changera rien du tout. »

    Une voix claire et pure frémissait d’une puissance étrange au fond de son esprit. Parmi toutes les voix qui se mélangeaient et hurlaient de terreur dans son crâne, la seule qu’il était parvenue à entendre était celle-ci. Toujours aussi claire. Toujours aussi forte. Une autre succéda, perverse, sinueuse comme un serpent, dont le venin pulsait maintenant dans ses veines. Les cris reprirent de plus belles, hurlant à en faire éclater ses tempes, sifflant à le rendre sourd. Elévation, abaissement, hurlement. Encore et encore. Nul délice dans cette torture, mais avidité et terreur à la fois d’entendre cette voix de nouveau, cette voix qui le hantait et qui voulait l’empêcher d’accomplir sa vengeance. Gold stoppa ses coups, et articula en serrant les mâchoires, juste pour s’assurer que sa victime percevrait chacun de ses mots au plus profond de son âme. Il articulait cependant douloureusement… à cause des sanglots qui le secouaient.

    - Elle n’est plus là… Elle s’en est allée pour toujours, elle ne reviendra pas…

    « Elle a fini par se jeter du haut de la tour. »

    - Et c’est votre faute !

    « Elle est morte. »

    - Non la mienne !

    Gémissements et hurlements, sanglots et souffrance, rage et frénésie. Il saignait, il hurlait de douleur, une douleur qui allait lui être fatale. L’autre s’en fichait. La voix s’était tue. Qu’il meure sous les coups de sa souffrance, c’était tout ce qui importait. Que l’homme qui avait fait du mal à son ange meure, c’était tout ce qui comptait.

    - C’est vous qui êtes son père ! Son père, c’est vous !

     

    L’ange avait été saigné, violenté, déchiré. Il avait souffert plus qu’un humain n’aurait pu le supporter. Et il avait continué à sourire… ses lèvres roses gercées d’entailles profondes, ses joues balafrées de sang séché et de larmes... elle souriait toujours dans son esprit, malgré l’hématome béant à son crâne d’où se vidait lentement son fluide vital.


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  • Commentaires

    1
    Lundi 1er Juillet 2013 à 22:55

    Coucou, je me suis abonnée à toi. :)

    Je ne peux pas voir la vidéo maintenant. 

    Sinon c'est vraiment très bien écrit, même si je n'ai pas tout compris.

    Tu connais Mentalist ?

    2
    Lundi 1er Juillet 2013 à 23:53

    Je te remercie de ton com', et sache que c'est normal que tu ne comprennes pas tout, j'ai l'habitude... Je connais Mentalist de nom, mais je ne regarde pas.

    3
    Mardi 2 Juillet 2013 à 12:50

    C'est magnifique. Je ne trouve pas d'autre mot.

    4
    Mardi 2 Juillet 2013 à 21:13

    Merci beaucoup!

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