• So close

     

     
    "  A Toi, qui depuis toujours guida mes pas, éclaira mes nuits sans lunes d'un rayon de ton âme. A Toi que je ne voyais pas, et qui pourtant était là, tapi au creux de mon esprit. A Toi, que désormais, je vois, et qui me souris, chaleureux. Je ne sais pas ton nom, juste le son de tes pas, et celui de ta voix. Je sais tout cela, et c'est suffisant pour moi. Même si je ne peux m'empêcher de me demander... pourquoi ?
     
    Mauve, noir... Scintillement. Effluves. L'obscurité règne. Meurtriers, ils sont là. Leurs rires horribles résonnent inlassablement dans mon esprit, comme des hurlements ; aigus, ils sifflent, tambourinent, vicieux... Et ce noir...
    Ni mystère ni délice dans ce noir. L'angoisse tourne, dangereuse ; monte la terreur du fond de mon âme. Frémissement. Je suffoque, hoquète, halète, et tourne, tourne... Où que mes yeux se posent, c'est ce noir qui m'accueille, et leurs rires, à ces infâmes démons qui peuplent les flammes, tournoient autour de moi ; ronde macabre, effrénée : ils dansent. Minuscules, ils sont des milliers, petits êtres carnivores, à m'encercler. Tourne, tourne...
    L'air est dense, immense; ma trachée se boucle soudain. Révulsés, mes yeux... le souffle me manque ; j'étouffe ! Je tombe à terre, douloureusement. Je me recroqueville en sanglotant ; je tremble. Gémissement, spasmes. Mon corps pitoyable se convulse au fond de l'abîme. Tournent, tournent leurs voix dans mon crâne, tissu de mensonges ; la langue et l'esprit se mélangent. Horreur : incompréhension. Mes sanglots redoublent ; je hurle les calomnies de la mer et du ciel.
     
    Pourquoi ?
     
    Ce mot, encore, et encore... qui heurte mon visage, et qui tourne, tourne dans mon esprit... Pourquoi ? Des milliers de lames de rasoir mordent soudain ma chair. La douleur siffle, atroce, déchire mon corps ; je me cambre, je hurle comme je n'ai jamais hurlé. La douleur se tait, un instant, puis chante à nouveau, plus belle, délicieuse. Un sentiment de familiarité m'envahit. Je m'enivre de son parfum de sang frais aux éclats de diamant ; soupir.
     
    Elle est encore avec moi.
     
    J'ai beau la haïr, mon cœur finit toujours par la désirer, avide de tortures et d'inepties. Mais pourquoi ? Le brasier de l'eau sous mes pieds me répond par d'obscènes flétrissures. Frémissement, d'horreur et de plaisir à la fois. Je gémis, crie, contractant mon corps ; elle plane, dangereusement sombre, délicieusement indécise au-dessus de mon corps torturé. Elle hésite, puis frappe, avant de se retirer, et de frapper encore. La lame glisse sur ma peau, aiguë ; elle siffle, chante.
     
    La douleur est trop forte. La rose s'envole, flétrit, sombre contamination de sa lame ensanglantée. Je ne hurle plus, je ne peux plus. Le noir, encore. Je sombre ; les volutes écarlates du poison de leurs mots noircissent ma chair. Elles se fondent en moi, coulent, noires, venin de leurs sarcasmes ; elles chassent le Bleu, apeuré, qui bat de l'aile, son autre étant blessée. Crime contre une âme dénigrée, délaissée, raillée de toutes parts, absurde de logique, intelligente d'incohérence. Peur, terreur et angoisse se lisent dans son regard. Incompréhension, profondes douleurs qui le transpercent. Son aile déchirée le fait souffrir ; il crie, lui aussi, à l'image des larmes de souffrance qui, amères, perlent sous mes paupières. Le noir l'enveloppe dans un orage d'infini et d'immobilité. La soie écorchée de ses libertés bafouée le cloue au sol. Impuissant, il subit. Elles tournent, destructrices, impitoyables, et il tombe. Simplement. Meurtre d'une âme qui déjà avait commencé la traversée. Le passeur, main tendue devant lui, la brume lui obéissant. Tapie au fond de sa barque sinistre, l'air est froid et dur ; le ciel répand son venin de glace sur le monde d'abysses enflammés qu'il domine. Noir. Souffle de glace. Inconcevable. Irréparable. Péché de l'oiseau brûlé sur place encore vacillant.
     
    Mais... Vif, esprit ; soupir. Encore, et... Il respire ! J'inspire ; j'expire, encore et encore, jusqu'à le voir. Mauve. Il chante, allègre, et tourbillonne, porté par l'air des larmes ; et ni leurs cris ni leurs lames ne l'abîment. Il évite, effleure, agile petit être pourtant si grand. Majesté rayonnante dans le couchant qui se lève, il se coule, et chasse à son tour l'horreur et le vice gravés dans ma pierre. Il bat de l'aile, faiblement. Un parfum chaud de jasmin m'enivre, délicate perle courant le long de mon dos. Protection de tes bras autour de moi. Les mots incompréhensibles fuient ; les nuages du noir s'effacent. Le couchant se lève, mouillé, brouillé par les armes et le drame. Je suis au-dessus du vide : entre toi et elle, il n'y a manifestement qu'un pas.
    Tremblement ; tu te relèves, je suis dans tes bras. Je sanglote contre ta poitrine ; ton parfum d'ambre me berce délicatement. Je soupire d'aise. Hyacinthe et or submergent le ciel, musc et encens tournoient dans l'air du soir. Luisant, reluisant, il se lève et se couche, elles se lèvent ou se couchent. Je ne sais pas, et à vrai dire, je ne veux pas savoir. L'or et la douceur ne seraient pas sans les battements soulagés qui cognent contre ma joue froide. Tiède, l'air est doux.
    Il est la chaleur de ton corps contre le mien, il est la couleur de la souffrance, il est l'odeur du refuge. Réfugiée auprès de mon frère, fugitive des rires et des sarcasmes, peur viscérale de finir comme eux, l'âme pourrie par leurs dents d'acier... Mais tu es là. Toujours. Apaisée, je soupire. Mon visage niché au creux de ton cou, fragile auprès de toi, je sanglote de soulagement. Soudain... Les sens-tu ? Voleter, se chamailler... Valse mélancolique et langoureux vertige. Piano, violon ; chaleur, or et jasmin ; harmonie mélodieuse de mes sens en ébullition ; pureté des âmes qui s'entremêlent avec délice. Le sens-tu ? Ce tourbillon écarlate qui vibre et tinte au fond de moi, destructeur, amoureux...
     
    Je souris.
    Bleu, il chante, moqueur ; mais surtout heureux. Il bat de l'aile...
    Et puis de l'autre.
     
    Destins forcés, si près... Jamais n'abandonner son chemin. Si près, si près... Et pourtant si loin...
     
    Je ne sais si tu m'entends, si tu respire comme j'expire, si tu peux les sentir, ces battements d'ailes bleues qui frémissent quand je suis près de toi, et je ne sais même pas si tu me vois à travers tes soleils de jais. Je sais néanmoins que tu me souris, assis sur les toits du monde, mandaté de justice, visage fier et sans doutes.
    Moqueur.
    Tout de mauve vêtu, souriant, allègre, gémissant tes maux à la mère rayonnant aux côtés de ses filles, ondines de tes yeux qui sillonnent l'esprit de ta soie. Ambre, délice de chaleur qui bouillit dans le couchant ; illusion sucrée, arôme de réglisse qui coule sur ma langue, avide de ta peau ; douceur familière et tellement inconnue. Irréels, les ouvrages que tu tisses, habile peintre des senteurs, je les comprends.
    Feu ou eau, je ne sais pas. Non, ça n'est pas. Tu n'es ni pierre ni soie, juste... Tourne, tourne... Le miroir de mon âme, douloureuse et meurtrie, qui dans ton regard, devient cygne, prince des lacs et des rivières; dans ton regard de ciel et de mer, ineptie de langage, folie... Absurdité passionnelle. Nous sommes... Un."


    Et mon cœur bat un peu plus fort au rythme de tes mains baignant dans l'hyacinthe et l'or.

     


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