• Les talons claquent, les portables cliquent, les mangeurs croquent. La rue est une foule en sueur qui s'engouffre par vagues assourdissantes dans un désordre ordonné. Chacun y file d'un point A vers un point B, et cette immense onde de plancton aveugle avale quiconque ne garde pas le cap qu'il s'est fixé.
    Aujourd'hui, il fait beau. Le soleil de plomb écrase une pluie fine qui s'infiltre dans les cicatrices du sol bétonné. Le vent gonfle des robes fendues sur les côtés, laissant apercevoir des jambes imparfaites, mutilées, tels les mâts brisés de navires détruits à coups d'éclairs et de rochers, si bien que sous ces voiles déchirées, il n'en reste que des carcasses grinçantes que les yeux de mouettes affâmées observent avec curiosité.

    Je fonce dans la tempête, mais on a tiré sur mon navire, et alors ma boussole d'affole. Je perd la lumière de mon phare, ma vue se trouble, et les iris crevés d'éclairs, je crache de l'eau et les vagues m'engloutissent, elles me noient. Plus lourde qu'un boulet, je coule au fond de l'eau, plus silencieuse qu'une bulle, j'éclate et je me vide, et je ne suis plus qu'une coquille qui dérive dans le courant du monde, alors que, fantôme d'un noyé qui danse, je hurle à des sourds qui marchent.


    1 commentaire
  • A ce qu'il paraît, Maman avait vu Aznavour au magasin de meubles, l'été dernier. Elle lui avait même fait la bise. Je dois avouer que je n'avais aucune idée de ce à quoi ressemble Aznavour. Je ne l'avais jamais vu. Et comme l'amalgame est vite fait entre ce qu'on ne voit pas et ce qui n'existe pas, Aznavour était pour moi comme l'une de ces histoires dont je connais vaguement les tenants et les aboutissants, mais qui, comme je ne les ai jamais vécues, me laissent plutôt indifférente.
    La raison pour laquelle nous étions au magasin de meubles en premier lieu était mon emménagement imminent. Ma honteuse terreur de vivre seule, que je m'étais efforcée de cacher, comme toujours, sous exubérance et excitation, n'avait pas été apaisée par la faune qui grouillait autour de mon appartement. Il y avait, par exemple, ce vieux bonhomme en survêtement bleu turquoise, qui, recroquevillé dans un transat sur la terrasse d'une chicha, tirait consciencieusement sur son tuyau avant de recracher une épaisse fumée blanche qui dissimulait son visage. J'avais toujours l'impression qu'il me fixait lorsque je passais devant lui. Alors que je me laissais conduire sur la route du centre ville par la camionnette du déménagement, j'avais délaissé ce souvenir troublant en même temps que le récit d'une célèbre réminiscence madeleinesque pour regarder les Arènes par la fenêtre. Ses pierres étaient noires de la pollution des voitures, et c'est pour ça qu'on avait monté des échafaudages sur un de ses pans: pour la rafraîchir. D'ici la fin de l'année, avais-je alors espéré, elle sera toute réparée, de l'intérieur comme de l'extérieur. J'avais baissé la tête et m'en était retournée à ma lecture.

    Mais à peine avais-je tourné la page que déjà l'année s'était achevée, aussi vite qu'un été. Elle avait été lourde, étouffante, mais traversée ça et là par de brillants orages, qui me faisaient sursauter par leur violence et leur soudaineté, mais qui étaient nécessaires pour laver la ville, parce que cela lui rendait au final sa blancheur et ses pigeons.
    Aux jours de pluie avaient progressivement succédé les nuits de fête, dont les lumières colorées et les mélodies enjouées avaient balayé la noirceur et le silence. Récemment, on s'est remis à faire la fête le jour, pendant les cours même: nous avons fêté le départ à la retraite d'un professeur, qui a donc passé auprès de nous sa dernière année en tant que tel. Nous avons joué de la guitare et chanté en choeur... Aznavour, je vous le donne en mille. Et j'ai pensé que c'était la première fois que je chantais ça, mais alors que les paroles me venaient étrangement naturellement, j'ai réalisé qu'en fait, ça nous était déjà arrivé de chanter cette chanson ensemble. Emmenez-moi au bout de la terre... Emmenez-moi au pays des merveilles... Ca avait une allure de générique de fin joyeusement mélancolique.

    Épilogue. Je suis debout face aux Arènes. J'ai garé un peu plus loin la nouvelle camionnette de déménagement, flanquée d'un logo de lapin blanc aux yeux roses, et d'où s'échappe la voix roulante et roucoulante de Charles. Il fait beau. Enfin c'est vite dit. Il n'y a plus eu d'averses depuis un moment, c'est vrai, mais c'est parce qu'un vent fort s'emploie à repousser du ciel les nuages qui le menacent imperceptiblement.
    Le menton levé, j'observe ce bâtiment centenaire fièrement dressé devant moi. Vous saviez que c'est le monument romain le mieux conservé au monde? Et il suffit qu'on le remarque, ce tas de pierres du centre-ville, il suffit qu'on y fasse un tout petit peu attention pour que l'une des plus grandes civilisations de l'histoire de l'humanité soit ramenée à la vie.
    J'ai passé ici ma première année en tant qu'étudiante, et c'est là que j'ai vu ce monument historique reprendre des couleurs. Son pansement d'échafaudages maintenant retiré, on peut voir qu'il va mieux. Mais toutes les autres pierres noircies ne sont pas encore nettoyées, et cela prendra encore du temps et beaucoup de nouvelles personnes pour s'occuper de lui et l'aimer, avant que toute sa majesté ne lui soit rendue. Enfin quand même, il faut dire les gars de cette année ont été absolument parfaits.

    Tiens, il pleut.


    1 commentaire
  • D'adorables châtisseries !

    Châtisserie, n.f : Contraction des mots chat et pâtisserie. Désigne un gâteau tellement chatesque que t'as envie de plonger ta tronche dedans en mode aucun respect et de ONOM NOM NOM (=^・^=)

    Je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis une pâtissière d'un niveau assez bas. Je sais faire des crêpes, des pancakes, des cupcakes et ce genre de trucs, et je m'en sors pas trop mal quand je m'y mets, mais je ne suis pas non plus un génie de mes dix doigts.

    C'est à peu près tout le contraire de Laura, une jeune blogueuse japonaise, qui depuis 9 ans maintenant, s'amuse à faire des pâtisseries ornées de bonbons en forme de chats, et ce avec sa maman, Caroline. Caroline et Laura adorent toutes les deux les chats, à tel point qu'elles en ont fait le sujet principal de leurs créations culinaires. Apelila (ça veut dire "avril" en hawaïen :3), leur petit chat âgé de huit ans, les inspire constamment, explique Laura sur leur blog.

    D'adorables châtisseries !

    ... Il a l'air épanoui.

    Moi je dis, vous vous foutez devant un bon film d'animation japonais, genre, TOTALEMENT AU HASARD, "Le Royaume des Chats", vous vous faites une ventrée de sushis, et ensuite vous mangez ça. Le paradis !

    D'adorables châtisseries !

    "Roh, regarde-le, il miaoute" (celui qui trouve la référence gagne un chat en sucre).

    D'adorables châtisseries !

    Han, je veux une théière comme ça !

    D'adorables châtisseries !

    Et je veux un aquarium comme ça, aussi Oo

    --> Si les créations de Laura et Caroline vous plaisent, vous pouvez aller faire un tour sur leur blog. Elles y partagent leur passion pour la pâtisserie, mais aussi pour la couture, le jardinage et les antiquités : http://carolinei.exblog.jp. Bon par contre je vous préviens, c'est tout en japonais. Mais elles postent plein de jolies photos ! (,,◕ ⋏ ◕,,)

    Ca m'a donné faim, ces conneries...

    ...

    *fonce sur un paquet de Malteasers*


    5 commentaires
  • Eh oui, la terrible rentrée des classes a bien eu lieu, les amis, il faut qu'on s'y fasse. Après un été qui, je l'espère, a été plein d'aventures pour vous les gars, nous voilà de nouveau aspirés par le vortex dictatorial de la poursuite de nos études/notre carrière professionnelle dans le but de devenir par la suite des adultes responsables.

    Cela me fait d'autant plus flipper que j'ai été projetée dans mon nouvel environnement universitaire extrêmement rapidement. Ma recherche d'appartement, mon déménagement et ma rentrée se sont enchaînés densément, intensément, et rapidement, si bien que je me suis sentie comme soudainement frappée à la gueule le jour de la rentrée (pas littéralement, hein, je précise) de telle sorte que je fus entraînée dans l'embrassant flot de responsabilités de ma vie d'étudiante version 2.0, sur lequel j'essaie désormais piteusement de construire un semblant de train-train quotidien afin d'éviter de me noyer dans tous ces changements qui bouleversent ma petite vie. Parce que déménager, même quand on n'est pas très loin de la ville qu'on quitte, ça fait drôlement chier.

    C'est la rentrée

    Quand on déménage dans une ville que l'on ne connaît pas, on a effectivement l'impression de débarquer dans un monde totalement et foutrement alien. Toutes les petites choses auxquelles on s'était habitué dans sa ville d'origine (les lieux que l'on fréquentait, les amis que l'on y avait, même les tiques de langages des habitants...) absolument TOUT a disparu dans la nouvelle circulation sensorielle incessante qui tourne autour de nous. Moi j'ai débarqué il y a trois semaines à peine dans cette nouvelle ville, cette nouvelle fac, cette nouvelle vie, et j'y ai débarqué définitivement toute seule. Don't get me wrong, vivre seul, c'est une bénédiction, et si vous vivez toujours chez vos parents, je vais juste twerker avec bonheur devant vous pendant quelques minutes depuis ma vie d'étudiante libre de toute autorité parentale ou presque afin de vous rendre jaloux =D

    Mais le fait est que je suis... seule. Vraiment. Je ne connais littéralement que deux personnes là où j'habite désormais, ce qui n'est pas mal, mais je n'ai l'occasion de les voir que beaucoup trop rarement, et je n'ai donc en définitive personne pour me réconforter physiquement, pour me faire sentir que je ne suis pas seule dans ce territoire hostile qui m'effraie à tel point que je passerais volontiers toutes mes journées cachée sous ma couette pour éviter le monde.

    MAIS MAIS MAIS je pense qu'il faut dans ce cas prendre le problème à l'envers, les gars. Lorsqu'on débarque dans un nouvel environnement, il faut faire son possible pour s'y sentir à l'aise, et au final s'y sentir chez soi, et je pense que ça pourrait se faire en trois étapes très simples.

    • ETAPE 1: Se familiariser avec son nouveau logement. Si vous avez déménagé loin de là où vous habitiez et que vous vous sentez mal, commencez par prendre le temps de décorer votre chambre: accrochez aux murs les posters des groupes que vous écoutez, parfumez vos vêtements, enfilez une nouvelle housse de couette, marathonnez-vous une bonne série avec du chocolat chaud, et laissez constamment un fond musical dans votre chambre. Votre logement vous paraîtra ainsi être plus comme un endroit qui se rapproche d'un "chez soi" si vous y faites ce que vous aimez et que vous aimez y être.

     

    S'habituer à un nouvel environnement

    La vue depuis mon balcon est quand même franchement cool.

    • ETAPE 2: Se familiariser avec sa nouvelle ville. Sortez, bon sang ! N'ayez pas peur de cette ville, elle ne va pas vous manger ! N'hésitez pas à même aller dans une Office du Tourisme si besoin pour demander des renseignements sur la ville où vous habitez désormais. Apprenez à connaître cet environnement considéré pour l'instant comme hostile avec un haussement de sourcil sceptique. Essayez de trouver les endroits où vous aimeriez vous rendre et entourez-les en rouge sur une carte de la ville. Personnellement, j'ai déjà repéré une boutique de thé (j'adore le thé, mon dieu, mais on y reviendra) et une papeterie artisanale, deux petites boutiques où je compte aller faire un tour incessamment sous peu.

     

    • ETAPE 3: Se créer de nouveaux souvenirs. Il n'y a qu'à partir de là que vous commencerez vraiment à vous sentir "chez vous". Invitez des amis chez vous, allez faire un tour dehors pour aller manger une pizza ou aller voir un film au cinéma ou que sais-je encore, et surtout, prenez beaucoup de photos. Faites-les développer et accrochez-les sur les murs de votre chambre pour qu'en plus des visages ridiculement souriants de vos amis proches, vous puissiez voir en ces clichés l'espoir de faire de votre passage dans cette ville un séjour inoubliable. Sauf si les photos sont merdiques. Auquel cas vous faites preuve de mauvaise volonté, bordel de merde !

     

    Je pense qu'il faut s'efforcer de voir un déménagement comme une opportunité de faire table rase du passé et de tout recommencer à zéro avec de nouveaux lieu, de nouveaux amis et de nouvelles opportunités. Il faut essayer de voir ça comme une bénédiction, pas comme une malédiction qui nous a pris tout ce à quoi nous tenions. Sinon vous allez vous faire bouffer par la nostalgie, les gars, c'est moi qui vous l'dit.

    Et vous, avez-vous déjà déménagé? Comment réagissez-vous en général quand vous débarquez dans un endroit que vous ne connaissez pas et qui vous met mal à l'aise? Avez-vous des recettes miracles contre ce sentiment d'awkwardness? Si c'est le cas, faites-le moi savoir dans les commentaires, et nous pourrons ainsi nous aider dans cette dure épreuve qu'est la vie.

    C'était Mlle. Ariane pour vous servir, mais qui donne des conseils qu'elle ferait bien de suivre elle-même !


    8 commentaires
  • Hop, me revoilà après une certaine absence. Pour fêter ça (oui, et désormais à chaque fois que vous boirez du champagne, vous devrez chanter mes louanges sous forme lyrique de préférence), je vous poste une grosse MAJ de créations graphiques. Au passage, le nouveau design du blog est en création, donc s'il change tout le temps et que certaines choses ne vont pas, c'est normal.

     


    18 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires