• Petite fille, tu peins le monde

    Petite fille, tu peins le monde

     

    Tes pas tamponnent doucement le sol de ta présence si furtive. On dirait une ombre sur un mur, que personne ne remarque, mais elle est bien là. Et elle vous observe, avant de disparaitre dans un soupir, tandis que le soleil décline à la fin de la journée. Petite fille, tu rentres de l’école, et tu marches doucement dans les graviers d’un chemin. Tu reviens du village, seule dans cette lumière d’or qui baigne la fin d’après-midi. Tu reviens des autres, petite fille, et ils ne t’ont pas vue. Ils courent dans tous les sens, ils se désharmonisent dans une cacophonie, qui, pourtant, semble s’élever comme le chant des vagues de l’océan. Ils avancent et reculent, marrée de noirceur qui monte et descend, et ceux qui n’y trouvent pas leur petite place finissent par mourir, doucement, sans que personne ne le remarque. Comme les vagues qui viennent mourir sur le rivage. Ils piétinent les morts qu’ils causent, et le rouge qui flamboie durement sur leur poitrine palpite comme un cristal prêt à éclater. La vie ne tient qu’à un fil, ne le savent-ils pas ?

    Petite fille, tu cours dans le soleil qui descend vers la mer, en t’inventant des paroles sur la flûte du temps. Un petit air que tu chantonnes comme l’innocence de tes yeux verts embrasse le soleil au-dessus de toi. Couronnée d’étoiles, la lune est sous tes pas, et la flûte souffle doucement les pensées noires qui voulaient t’emprisonner. Les ombres ont commencé à danser dans tes yeux, et tes paupières sont lourdes de sentiments. Mais toi, petite fille, tu ne veux pas ressentir. Tu ne veux pas te contenter de ça, alors que les lueurs du soleil qui s’endort te promettent bien plus. Tu vois les mots, les couleurs. Petite fille, tu peins le monde, et tu ne le connais pas. A quoi bon, puisque le doute s’empare de ceux qui veulent le connaître. Doute, mais incertitudes aussi, l’amour provoque l’incertitude, et l’incertitude provoque la haine. Il n’y a qu’un pas entre la haine et l’amour. Mais ça petite fille, tu ne veux pas t’en soucier. Tes fines lèvres roses murmurent un poème de lumière, que les ombres de la ville ne comprenaient pas. Tu gambade au milieu des tournesols et de la brise parfumée qui joue dans tes cheveux, et tu joues avec ta flûte sur le temps qui s’en va. Ton rire s’envole, et tu tourbillonne comme une fée des airs. Quel air ? Musique, espoir ou vent, tu tournes autour du monde sans le dire, tu gardes la réponse dans ton cœur, avec un doigt amusé posé sur ta bouche. Tu souris en levant les yeux vers les nuages qui s’étirent sur le bleu paisible du ciel. Tu souris d’une blague que seule toi peux comprendre. Et quand on te demande de quoi tu ris, tu te contentes d’avoir ce sourire affectueux. Tu les plains, ma chérie, parce qu’ils ne comprendront jamais. A quoi bon leur expliquer. Tu retournes à tes soleils de couleurs et de mélodies, en dansant comme un oiseau au milieu du temps qui passe sans jamais te toucher. Jamais ta peau ne se froissera, jamais ton sang ne coulera.  Les minutes qui passent sont folles, achèvent le monde pour l’endormir, et il tourne sans comprendre pourquoi le noir les enveloppe. Ils s’en fichent, à vrai dire. Mais toi, ma belle, tu sais. Et c’est ce secret que tu gardes en souriant des hommes. 

     

    Tu cours dans un chemin de pierres de jade, le bleu du ciel éclabousse tes joues comme la mer se mêle aux nuages. As-tu la tête en bas, ou est-ce le monde qui ne tourne pas droit ? Toi tu sais, et la réponse n’est pas de celles-ci. Tu continues de gambader dans le soleil qui s’éteint, en sachant très bien que jamais ils ne te reverront.

    Petite fille, tu peins le monde, mais la seule chose que tu ne sais pas, c’est que tu as oublié de te peindre toi-même. 

    Et ma chérie, n’est-ce pas toi qui t’effaces quand le soleil s’est éteint ?

     


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