• Les iris noirs repousseront sur les cendres

    Les iris noirs repousseront sur les cendres

    Radioactive - Imagine Dragons

    Les voix tournent. Les murmures, les souffles, les soupirs, tu les sens glisser contre ta joue glacée par les larmes et le vent. Le sifflement des étoiles parait soudain bien cruel dans l’obscurité inquiétante des nuits sans lune. Aucun angle n’est arrondi par la clarté pure et immaculée de la mère au milieu de ses filles. Il ne reste qu’elles, orgueilleuses, arrogantes, et elles rient de toi. 

    Tu ne les entends pas ? 

    Tant mieux pour toi. 

    Mieux vaut ignorer les cris des fées que l’on poignarde pour leur poussière. 

    Une poussière d’or, fine et éclatante, qui fait autant éclater de rêves que de veines. Ils sont si petits, si innocents, ceux qui y croient encore. Ils sont les seuls à les voir, et seuls les plus jeunes le peuvent encore. Pervertis, ils le sont tous. Tes pieds baignent dans une flaque de pluie teintée de rouge. La pluie de sang en larmes d’étoiles éteintes trop tard lacèrent les fissures de ton corps en porcelaine. 

    Tombée des arbres, tombée des nues, ce sont les yeux des nuées qui te refusent le chemin des nuages. Mutilée, morcelée. Tu es le miroir de la lune qui souriait au soleil avant les coassements des corbeaux. Ils tournoient autour de toi, ne les vois-tu pas ? Ils hurlent comme les petites filles qui riaient sous l’impact des balles. 

    Peut-être avaient-elles compris « bals » ? 

    Stupides enfants. 

    Perverties, elles le sont toutes. On fait exploser la mort en mille éclats, et tes larmes font écho aux lumières d’un diamant qui tournoie sur lui-même à toute vitesse pour empêcher que tout s’éteigne d’un coup. Pourtant, l’obscurité reviendra. Et cette nuit-là, personne ne s’y attendra. Les innocents hurleront pour les bras chauds de leur mère, les sœurs s’embrasseront pour ne pas se perdre, les amants échangeront un dernier baiser qui signera le pacte de sang. 

    Tous seront bientôt six pieds sous terre. 

    Et toi petite fille, assise sans bouger en soufflant lentement pour ralentir ton rythme cardiaque, tu bats lentement des paupières en tapant de l’index à côté de toi. Tu hésites. Appuiera, appuiera pas ? Le sort des autres est sous cet index. Seule, la porcelaine est tâchée d’un long filet d’encre le long de son corps fissuré. C’est le vent qui susurre, les bourrasques qui détonnent, les bombes qui explosent au loin au milieu des cris et du sang des innocents. N’entends-tu pas déjà les crépitements exaltés de la brume qui s’enflamme en les voyant se rire de toi ? 

    Tu souris. 

    Oui, tu les entends. 

    Elles éclatent leurs propres veines déjà seules, avec leur seul rire, et elles ne le savent même pas. C’est triste. Les crépitements reprennent, déjà. Des éclairs de rage embrasent le ciel qui fait régner sa loi sur le monde. Tu lèves la tête vers les nuages de cendres qui hurlent au-dessus de toi. Personne ne viendra les contredire. Pas même les corbeaux, sur lesquels la lueur d’un soleil impuissant rayonne pourtant tout le jour. Le ciel reste l’hôte, le maître, et les étoiles ont beau faire crisser leurs cordes vocales pour t’encrasser dans un mal-être, tu es une ombre qui rejoindra l’obscurité éternelle lors du jugement dernier. Oui. Ils paieront tous. Le glissement des lames sur tes poignets, tes yeux boursoufflés par les larmes, ton cœur asséché par les rires. Ils s’enterrent déjà d’eux-mêmes, la main d’Hathor ne pourra rien pour eux, pourtant son cœur est à eux. Nyx veille sur le monde, ses longs cheveux de nuit couronnés d’étoile. La lune est sous ses pas, et un doigt sur la bouche, elle garde le secret du Chaos qui va bientôt sonner le glas pour tous ceux qui ont ri. Il ne tient qu’aux étoiles de changer leur destin. Les inspirations avides ne sont pas si nombreuses, mais il arrive parfois, quand trop de rires retentissent, le soir venu, qu’un éclat se change en explosion pour faire craquer les vitrines froides qui les enserrent dans cette prison de glace. 

    Le sang s’envole, le temps s’en va, et toute la poussière d’or retombera. Restera celle des bombes explosant sur Terre pour leur faire payer. Et les iris noirs qui repousseront sur les cendres regarderont cette page déchirée comme la renaissance de l’aube sur le crépuscule. Il ne tient qu’à toi de caresser leurs pétales.

    Un vent de chaos se lève sur le petit matin qui s’annonce gris. La poussière du monde se mêlera au sang. Le ciel sonnera l’âme. L’enfer crachera des flammes, pour emprisonner leurs mots dans le silence d’une pierre tombale. Un vent de chaos se lève, si chaud pour moi, mais ta peau devient soudain pâle comme la neige. Pourquoi sont-ce tes joues qui sont glacées de rouge ? N’y avait-il pas que des larmes sous tes yeux quand j’ai commencé à te parler ?

    Ou bien sont-ce les cendres qui bouchent ma vue...

     


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