• Et c'est fini

    Et c'est fini

    Un pas dans l’herbe. Sa main caresse les longues herbes qui plient sous le vent. Les bourrasques d’automne ébouriffent ses cheveux comme les feuilles mortes des arbres gris. Le ciel est si sombre qu’on croirait qu’il fait nuit. Mais peut-être bien que c’est le cas.

    Des gouttes éclatent sa peau nue. Elle baisse les mains qu’elle gardait contre les pétales des fleurs, et laisse pendre ses bras le long de son corps frêle. L’eau est chaude. Elle ferme les yeux et laisse tomber sa tête en arrière. Sa chevelure sale et emmêlée accueille les larmes du ciel qui lavent sa conscience. Sa robe rose est trop petite pour elle, tâchée et déchirée par endroits. Mais elle ne peut rien porter d’autre. Elle est en territoire ami. Elle ne peut rien porter d’autre.

     

    Un petit garçon court avec un cerf-volant. Sa copine le suit en riant. Ils sont dans un rayon de soleil qui perce les nuages, issue fantomatique du noir sur les blés courbés. La petite tombe et se blesse au genou. Elle gémit et pleure, toute seule dans les hautes herbes dorées par l’été. Elle a déchiré sa robe. Le petit garçon s’assoit près d’elle et lui donne son cerf-volant. Ils se relèvent et jouent avec tout l’après-midi, et leur parents mettent des heures à les trouver dans le champ de bruyère quand vient le soir. Puis ils disparaissent, et c’est fini.

    Elle s’agenouille dans l’eau. L’étang gît là, couvert de nénuphars éclots comme des cœurs de ciel. Les grenouilles observent pensivement cette créature qui trouble leur environnement. En fait, non. C’est comme si elle avait toujours été là. Ses jambes sont couvertes de boue. Cette robe d’enfant ne lui va pas. En fait si. Elle est magnifique. Une feuille verte glisse dans la brise, et vient s’échouer sur l’eau grise. Des ronds dans l’eau. Les enfants jettent des galets pour faire des ricochets, et ça fait des ronds dans l’eau. Soupir. Ils disparaissent, et c’est fini.

    Ils s’allument d’un côté, et d’un autre, spectres familiers de l’ombre exténuée. La pluie est dense. Ils jouent avec sa mémoire comme les rubans des cerfs-volants, comme les galets qui font des ronds dans l’eau. Ils dansent, rient, pleurent, voyagent. Ou bien n’est-ce qu’elle qui se perd dans les champs de blé ?

    En haut de la butte, il y a une petite maison. Délabrée, abandonnée, un recoin de l’inconscient jamais visité. Il est maintenant facile de gravir la colline, même si ses pieds sont encore plus sales à cause d la terre humide. Elle ne porte pas de chaussures. Pas besoin. Pas le droit. Quand elle était petite, elle n’avait jamais de chaussures. C’était interdit d’en mettre pour venir ici. Mais elle n’arrêtait pas de tomber. Alors le petit garçon l’aidait à monter, et une fois en haut, juchés sur le toit de la maisonnette délabrée, ils regardaient la vallée baignée de lumière pendant des heures.

    Quand elle est montée, elle a trouvé un piano en parfait équilibre sur les tuiles cassées. Elle s’est assise, et elle a joué. Mais il n’y avait pas de lumière dans la vallée pour l’encourager. Dommage.

     

    Quand elle descend, elle tombe au sol, elle s’est fait mal au genou. Elle pleure, toute seule en bas de la colline qu’elle a dévalée d’une traite. Sa robe est complètement déchirée, plus rien ne protège sa peau de la pluie qui soudain se fait torrentielle. Le petit garçon lui tend la main. Elle la lui donne en sanglotant. Une égratignure pareille ne faisait pleurer personne de son âge, normalement. Mais c’était plus fort qu’elle.

    Sa main ne touche rien. Sa robe était trop petite. Et le garçon n’avait pas grandi. Jamais. Et il n’y avait plus personne pour lui donner de cerf-volant.

    Soupir. Il a disparu.

    Et c’est fini.


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  • Commentaires

    1
    Manante
    Lundi 14 Octobre 2013 à 06:47

    Puis je suis partie, vers de grands champs de blé et de bruyère. Cette fois ce n'est pas moi qui pleurait, mais un petit garçon translucide. Ses larmes roulaient sur ses joues, perles de cristal, et près de lui, son amie qui ne pouvait pas encore le voir le cherchait sans savoir. Mon coeur s'est serré mais j'ai bien du continuer. Les molécules du vivant n'attendent plus que moi.

    2
    Samedi 30 Novembre 2013 à 19:38

    j'adore cette série^^

    3
    Samedi 30 Novembre 2013 à 21:03
    Quelle série?
    4
    Samedi 30 Novembre 2013 à 21:14

    ben once upon a time

    5
    Samedi 30 Novembre 2013 à 21:40
    C'est magnifique. Tu écrits bien, pourquoi ne pas faire de fictions ?
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