• Electrochoc

    Lumière sur l'horreur et le vice II: Electrochoc

     
     

    Iris agressifs, visages durs et noirs. Masque de froideur hautaine ; malsain. Regards pervers ; le miens est haineux.
    Tonitruante, la tempête dévaste mon âme ; je n'arrive plus à penser. Les mots se cognent et se mélangent, violents, déstabilisants ; ils heurtent mon crâne tremblant de haine ; frissons.
    Ça tourne, ça tourne en rond...
    Vertige, nausée ; spasme de dégoût et de souffrance. Mon corps tremble, hurle toutes ses larmes dans un ballet de phrases incompréhensibles. Dégénération inepte : naissance du langage des fous.

    Tournoiement, tourbillonnement, insaisissable, aérien... Valse vertigineuse ; je danse. Ineptie : longs mouvements, exécutés avec minutie. Fluidité. Je m'enivre de la brise du soupir ; elle guide mes pas, lente, meurtrière. La soie déchirée de mes longues libertés me maintient sur le bord avec difficulté. Je vacille, étourdie ; le vide est sous mes pieds.
    J'entrevois le sombre passeur, esprit parmi les esprits ; et la barque, lente, si lente... immobilité profonde, inquiétante, sur le fleuve noir qui semble m'attendre. Frisson de peur ; ma peau se glace, mon crâne tambourine encore, et encore...

    Accélération.

    Il rate un battement, deux... Fleur rouge et fragile ; révélation de vie ; épanouissement, furtif, mais pourtant bien là. Soupir ; gémissement. L'angoisse coule avec délectation le long de ma tempe, où le sang bat.
    Je remue, me débats de plus belle. Hurlement ; folles paroles, auréolées d'inconscience, teintées de désespoir ; insensées.
    Brûlure insoutenable : frottement ; contre leurs liens, mes poignets sont en sang.
    Prison insupportable ; des liens enserrent mon visage rouge des gifles sifflantes que l'on lui infligeait.
    Une nouvelle claque contre ma joue droite ; ma tête part en arrière, lente, las. Je levais les yeux ; une lumière m'aveugla, mes yeux bouffis tiquent un instant sous l'impact. Sursaut. Mes mains se cramponnent aux accoudoirs du siège. Des liens de cuirs sillonnés de capteurs m'y retiennent de force, un mors de bois m'est enfoncé dans la bouche, une lampe... blanche, agressive, braquée sur moi ; je ne suis plus qu'un vulgaire rat de laboratoire.

    Mais c'est bien ce que je suis.

    Un rat, sale, stupide ; insignifiante créature destinée à servir la folie humaine, pour enfin mourir, euthanasiée. Non, je ne suis pas un rat. Je suis une gamine, qui ne demande qu'à vivre, dont les ailes ont été déchirées, certes, mais tout est de leur faute. Mes grandes ailes de soie... ils ont osé y toucher, ils ont osé poser leurs sales mains de scientifiques sur cette étendue de pureté et de splendeur.

    Soupir. Déploiement.

    Je les observe, simplement, soudain paisible. Reflets, cristallins... Argent, saphir, nuage, dans ce tissu aux fils de cristal. Fragilité violée. Je les hais. Ces hommes qui avaient fait de moi leur cobaye m'av...


    Électrochoc.
    Violence. Horreur.
    Mes yeux se révulsent, se retournent dans leurs orbites. Sifflement aigu, crissement acéré, vibration électriques. Spasmes ; mon corps se cambre, comme pour accueillir la souffrance la plus pure possible dans sa splendeur affilée, dangereuse... agréable... Mes doigts ensanglantés serrent le cuir du fauteuil dans d'horribles convulsions.


    Un temps passe ; soudain, électricité noire, familière, presque... réconfortante. L'air autour de moi devient tangible ; gémissement. Je n'ai plus que cette force. Gémir ma peine et ma douleur. Mon cœur bat faiblement, mes doigts relâchent la pression, mon corps retombe, éreinté.
    Gémissement ; faible sursaut.
    Le passeur est là, le visage caché par sa cape. Une main tendue ; hésitation, réprimée.
    Mes doigts se mêlent aux siens, et alors je ne ressens plus de douleurs aucune. Ma peau est blanche comme au premier jour, mes cheveux sont peignés et luisants, une tunique sombre me recouvre soudain. Épanouie, ma fleur se réveille, bat, à nouveau ; joie, vie ; lumière dans cette main vers l'obscure qui m'est tendue.
    Néanmoins, un regret.
    Unique. Un long tissu de cristal baigné de rayons d'argent... Un long tissu qui m'a été arraché violemment, avant de me le retirer pour de bon, simplement. La mère des éclats le pleure; ses larmes grondent et crépitent contre le verre.



    La cruauté des hommes n'a pas son pareil ; on l'oublie trop souvent. Intolérable violence infligée au ciel qui sanglote; scintillement des larmes perlant sous les yeux de la mère, déçue. Lumière sur l'horreur et le vice : la soie de l'innocence, douceur de satin aux éclats d'hyacinthe et d'or... Ne jamais couper sans demander : mieux vaut être éviscéré.


    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Lundi 18 Février 2013 à 16:57

    Magnifique texte. ♥ J'en ai adoré la lecture. Tu as une réelle qualité pour l'écriture. J'aime beaucoup ta façon de rédiger. Les ressentis du narrateur sont bien présents, j'adore. Bonne continuation. ;)

    2
    Lundi 18 Février 2013 à 17:19

    Merci beaucoup ♥

    3
    Lundi 18 Février 2013 à 17:31

    De rien ; )

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :